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Love d’une pute | chapitre 6

Chapitre 6 : Dénoncée pour être heureuse

Cica

Calixte était l’une des meilleures choses qui me soient arrivées dans la vie. Nous vivions notre relation sans pression. On se découvrait au jour le jour. L’homme que j’apprenais à connaitre, était bon, attentionné et compréhensif. Il savait que je travaillais toujours dans la nuit. Il ne disait rien mais je savais que ce n’est pas acceptable pour un homme de devoir partager la femme avec qui il est avec d’autres hommes. Je n’allais travailler désormais qu’une fois par semaine et je prenais des rendez-vous avec mes clients réguliers et bons payeurs. Je gardais ma vie dans la nuit la plus discrète possible pour ne pas offusquer Calixte.

La quête de liberté est un chemin parsemé d’épreuves. Malgré tous mes efforts pour fuir mon passé, j’ai été rattrapé. Un soir après mes cours, je me suis rendue à gbégamey pour travailler. J’ai retrouvé les autres filles sur le trottoir. Quelques minutes plus tard, un pick-up de la police est venu se garer. Les policiers en sont descendus et nous ont ordonné de nous mettre contre le mur. Nous nous sommes exécutées. Ils ont procédé à un contrôle d’identité. Après avoir relâché toutes les autres, j’ai été menottée et embarqué sans motif.

Ils m’ont conduit au commissariat. L’entrée du pick-up dans le commissariat coïncidait avec la sortie de Tantie La joie. Quand je l’ai vu, j’ai compris pourquoi j’étais là. Visiblement elle n’avait pas digéré mon départ. Je me demandais bien la raison qu’elle avait inventée pour que je sois ainsi embarquée. A notre arrivée, un inspecteur m’a reçu. C’est lui qui m’informait que j’avais été dénoncée pour meurtre sur la personne de mon oncle. J’ai fondu en larmes. Tous mes espoirs en l’avenir et tous mes rêves venaient ainsi d’être soufflés par la cruauté humaine. L’inspecteur m’a fait un interrogatoire musclé à coup de poing sur la table et de cris. Que pouvais-je faire d’autres face à ses menaces de prison à perpétuité ? Si je coopérais, je n’aurais que vingt ans à passer en prison. Je lui ai raconté comment mon oncle, ivre, avait essayé d’abuser de moi et comment j’avais réussi à le repousser et à m’en fuir.

Quand j’ai fini mon histoire, il s’est assis. Son regard semblait un peu moins dur. Il m’a demandé si j’étais sûre que mon oncle était vraiment mort. Je ne savais quoi répondre, je l’avais vu allongé et inanimé avec du sang qui coulait de sa tête. L’inspecteur m’a dit que ce n’était pas suffisant pour déduire qu’il était mort et qu’il ferait des investigations supplémentaires. Il m’a dit que j’avais un ennemi qui avait des relations et m’a dit que je pouvais appeler quelqu’un si je le souhaitais. La seule personne que je pouvais appeler en ce moment était Calixte. Ce moment me donna un goût de déjà-vécu : Une tragique situation et la seule personne vers qui je pouvais me tourner, n’était un homme. La nuit où je me suis enfuie après la tentative de viol de mon oncle m’est revenue en tête avec toute cette frayeur et ce sentiment d’incertitude liée à l’avenir.

L’inspecteur est revenu avec un téléphone. J’ai composé le numéro de Calixte. Il était hors zone. J’ai rappelé une deuxième fois et la ligne a sonné.

– Allo

– Allo Calixte. C’est Shirley

– Tout va bien ? Je n’ai pas arrêté de t’appeler toute la soirée mais tu étais hors zone. Je m’apprêtais à aller te chercher. Où es-tu ?

– Calixte, je suis au commissariat.

– Quoi ! Qu’est ce qui s’est passé ? à quel commissariat es-tu ?

– Je suis au commissariat de Vodjè.

– Ok chérie. Je viens.

Après cet appel, l’inspecteur demanda aux agents de me conduire dans une cellule. Pour la première fois, j’étais enfermé. Il régnait dans la cellule, un lourd silence, une obscurité très sombre et un froid glacial. Cette ambiance était moralisatrice et accusatrice à la fois. Même un innocent s’y sentirait coupable d’avoir été au mauvais endroit et au mauvais moment. Une heure est passée et toujours pas de nouvelles de Calixte. J’étais inquiète et déçue à la fois. Finalement j’entendis sa voix dans le hall. L’inspecteur l’autorisa à venir me voir devant ma cellule.

Il m’a expliqué qu’il a échangé avec l’inspecteur et que j’étais accusée de meurtre et que j’avais été dénoncée par Tantie La joie. Je lui ai raconté toute l’histoire depuis la mort de mon père jusqu’à mon arrivée à Cotonou et mon entrée dans le monde de la prostitution. Il s’est affalé devant ma cellule et me regardait d’un air triste. Je pouvais distinguer dans la pénombre les larmes qui perlaient sur ses yeux. Il est resté silencieux pendant quelques minutes en me regardant. Il m’a pris la main à travers les barreaux et m’a dit :

Je ne te laisserais pas ici. Je te sortirais d’ici demain. Nous avons la chance d’avoir l’inspecteur de notre côté. Sa fille de seize ans, a été violé, il y a quelques mois sans qu’il ait pu faire payer le coupable. Il compatit à ton histoire et a promis de nous aider. Mais il faut que tu sois forte. Ton ancienne patronne en a après toi et son mari est l’ami du commissaire. Ça va être difficile mais tu vas sortir. Dès demain, il va contacter la brigade de ton village pour en savoir plus sur la situation de ton oncle.

Un agent est venu nous interrompre.

– Monsieur, il est temps de partir.

– D’accord, fit Calixte.

Calixte serra mes mains entre les siennes, les embrassa et me promit revenir le lendemain matin. Il s’en est allé. La nuit a été longue. Je n’ai pas pu fermer l’œil. J’ai imaginé tous les scénarii possibles.

Le lendemain, Calixte est venu aux aurores. Il est passé me prendre des vêtements propres et de la bouillie avec des beignets. Il s’est assuré que j’allais bien. Il a négocié avec les agents pour que je puisse prendre une douche dans des conditions correctes. Il a dû aller au travail mais il a promis revenir avec un avocat. Ce qu’il a fait. J’ai une fois de plus raconté l’histoire à l’avocat. Il a suggéré que nous plaidions la légitime défense.

Vers treize heures, l’inspecteur m’a fait revenir en salle d’interrogatoire. Il avait eu du nouveau. Mon oncle était toujours en vie. Le choc lui avait laissé des séquelles. Il était devenu un peu maboule après le choc. La famille avait voulu porté plainte mais sa femme a menacé de partir avec les enfants. Elle en avait marre de ses escapades et de ses infidélités. Elle n’en revenait qu’il ait essayé d’abuser de moi. Elle et Maman m’ont cherché pendant des mois sans succès. Personne ne savait où j’étais. Ma famille avait été informée que j’avais été arrêtée à Cotonou pour le supposé meurtre de mon oncle. Maman, mon frère et ma sœur étaient en route pour venir me voir.

J’avais l’impression de décoller tellement ma joie était grande. Pendant toutes ces années que je fuyais ma famille, je n’avais aucune raison de le faire. J’allais pouvoir serrer ma mère et mes frères dans mes bras. J’en avais les larmes aux yeux. Mon frère avait-il eu son bac ? Et ma sœur ? Que sont-ils devenus ? Comment ma mère allait ? Et sa santé ? Avaient-ils changé ? J’étais si heureuse.

L’inspecteur m’annonça qu’il n’y avait aucune charge contre moi et que j’étais donc libre de partir. A ma sortie de la salle d’interrogatoire, Calixte et l’avocat m’attendaient. Je me suis jeté dans les bras de Calixte et l’ai embrassé langoureusement. Il était très surpris de me voir dans cet état.

– Qu’y a-t-il ? Qu’est-ce-qui s’est passé ? Tu es libre ?

– Oui mon chéri. Il n’y a plus de charges contre moi.

– Comment ça se fait ?

– Je te raconterais tout mais d’abord partons d’ici.

Je me tournais vers l’avocat pour le remercier aussi. Il me dévisageait de façon quelque peu désagréable mais il s’est repris quand je lui ai serré la main. Calixte est allé voir l’inspecteur pour le remercier. Nous avons ensuite quitté le commissariat et Calixte m’a déposé. Il a passé une partie de l’après-midi avec moi avant de retourner au boulot.

En fin de journée, il m’a appelé pour m’informer qu’il avait reçu un coup de fil de l’inspecteur et que ma famille était au commissariat. Mon cœur battait à vive allure. J’avais l’impression qu’il allait sortir de ma poitrine. Calixte est passé me chercher pour aller au commissariat. Maman était à l’entrée du commissariat. Calixte n’avait pas bien garé la moto que j’avais sautée pour courir dans les bras de ma mère. Elle avait pris des rides. Nous avons toutes les deux fondus en larmes. Elle m’enlaçait très fort contre elle. Ses mains me tenaient par les épaules. Ses paumes dures m’ont rappelé la dureté des travaux champêtres qui nous ont nourris, mes frères et moi, pendant tant d’années. Elle me regarda et me dit « Ma fille, tu as bien changé. Tu as grandi, tu es une femme maintenant ».

Mon frère et ma sœur sont sortis du commissariat. Dès qu’ils m’ont aperçu avec Maman, ils ont accourus et ont sauté dans mes bras. Nous voilà réunis après tant d’années. Je n’imaginais plus les revoir. Mon frère avait grandi. Il était musclé et plus élancé que moi maintenant. Ma sœur était une femme. Elle avait des formes généreuses. Elle me rappelait « moi » à son âge. J’étais si heureuse de les retrouver. Calixte se tenait à quelques mètres admirant cette effusion familiale.

Finalement ce qui était censé, ruiner ma vie à jamais me procura une joie immense et un bonheur inespéré. Ma famille était ma source de motivation. C’est pour elle que je m’étais toujours battu. C’était grâce à elle que j’ai appris à me battre. Je l’ai perdu et aujourd’hui je l’ai retrouvé. Il reste maintenant comment lui dire comment je gagne ma vie ici.

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